Friday, March 31, 2006

Non à la télé poubelle, Oui à la journée sans télé !

Depuis une vingtaine d’années et la privatisation des chaînes publiques télévisuelles, nous arrivons indéniablement à la constatation suivante : le niveau intellectuel et culturel des émissions a considérablement baissé. Or à l’origine, à l’instar de la radio et sans enlever son rôle ludique, la télévision a été conçue pour diffuser de l’information et donc pour rapprocher les citoyens en partageant la connaissance, le savoir et la culture.

Même si l’existence de chaînes de télévision privées est difficilement contestable dans une société libre et démocratique, force est de reconnaître que ces chaînes privées ont tout misé sur le volet divertissement en négligeant rapidement le rôle originel d’information et de culture. De plus, entraînées dans la course effrénée à la rentabilité, les chaînes publiques copient de plus en plus la médiocrité des programmes des chaînes privées, ce qui est simplement inadmissible puisqu’elles sont financées en partie avec nos impôts.

D’un point de vue économique, la libéralisation des créneaux hertziens a permis l’émergence de sociétés nouvelles (telle M6), ce qui semble être positif dans un premier temps. Mais à la lumière de ce qui a déjà été observé pour les radios « libres », cet argument est grandement contestable. En effet, 20 ans après la libéralisation des ondes radios, on a assisté à une concentration fabuleuse des chaînes dans les mains de quelques grandes majors, d’ailleurs plus ou moins filiales de sociétés déjà présentes historiquement dans le monde des médias dits « traditionnels » comme la presse écrite (ex : Vivendi, Lagardère, …). Il y a donc eu un effet « bulle » qui après une rapide explosion, s’est rapidement concentré et cristallisé. Le même phénomène se produira avec la télévision et seules quelques grandes firmes continueront à exister d’ici quelques années. L’impact économique est donc finalement très relatif : après l’émergence de sociétés pionnières, ce sont finalement les sociétés les plus riches qui les ont phagocytées grossissant un peu plus leur périmètre d’activité : autrement dit les riches sont devenus un peu plus riches, sans partage du gâteau.

Mais ce ne serait pas encore trop grave si l’on en restait à ce coup d’épée dans l’eau économique, car confier à des sociétés privées des médias aussi puissants que la télévision ou la radio présente des effets dévastateurs considérables pour la société, effets que l’on commence à percevoir et qui auront des conséquences sociales désastreuses dans un avenir proche, notamment :

- la montée de la violence ;
- la dévalorisation du travail en tant que « valeur » au profit du tout divertissement ;
- l’inculture qui mène à la non conscience politique.



La montée de la violence est incontestable dans notre société, la rubrique « faits divers » des journaux en fait quotidiennement état : destructions volontaires « gratuites », vols avec violence, séquestration crapuleuse d’innocents (allant parfois jusqu’à la mort), viols, pédophilie, … Toutes ces scènes sont jouées et rejouées plusieurs fois par jour devant les yeux, non pas d’adultes responsables, mais d’enfants (bien souvent avant de savoir lire et écrire !) ou d’adolescents « innocents », au sens où tels des animaux à peine sorti du « nid » familial, ils restent en quête de repères dans l’organisation sociale « adulte », repères qui orienteront leur comportement futur comme des guides ou des exemples à suivre. Aujourd’hui aucun film n’est réalisé sans une agression de personne à personne, qu’elle soit verbale à travers un flot d’injures ou physique à travers un meurtre filmé sous tous les angles : pénétration du poignard dans le corps, impact de balles avec une flaque de sauce tomate bien visible. Comment s’étonner alors qu’un adolescent cherche à reproduire ces comportements dans son attitude quotidienne : il insulte une grand-mère ou un infirme dans le bus pour se mettre en valeur, frappe son voisin pour lui voler son blouson, ou encore, obéissant à une pulsion de désir de puissance et d’affirmation de soi, il sort son arme à la première occasion pour « éliminer » une victime peu consentante ou un témoin gênant ? Il en va de même pour le viol des femmes, des enfants, etc … Ce n’est pas la même chose de « jouer » de telles scènes dans des feuilletons télévisés entre deux coupures de publicité et de montrer les mêmes scènes commentées et disséquées dans un reportage en clarifiant les limites du bien et du mal. A ce titre, les « anciens » films (datant d’à peine 20 ans !), se contentaient de « suggérer » une scène violente, un meurtre ou un viol. Et le délinquant était à tout coup mis en prison, jugé et condamné : personne ne pouvait se méprendre sur l’identité du héros qui monopolisait l’image les trois-quarts du temps et les frontières du bien et du mal étaient parfaitement claires.

En diffusant une quantité considérable de jeux télévisés où les sommes d’argent à gagner sont toujours plus importantes (concurrence oblige !), sommes qui représentent parfois des années de travail pour un salarié moyen, la société laisse croire qu’il y a une autre voie que le travail pour s’enrichir. Et bien souvent elle enfonce le clou en médiatisant considérablement le gagnant : dès qu’il y a un nouveau millionnaire du loto, tous les reporters traquent le « héros » à la sortie de sa maison ou à l’entrée du bureau de tabac où il a validé son ticket. De façon absurde, même le village ou la ville entière serait censée être « touchée par la grâce », et le reporter y va de sa petite interview du maire ou du commerçant, comme si, en allant passer ses vacances dans cet endroit, cela amènerait la chance au pèlerin. De la même façon, la surenchère médiatique autour des événements sportifs, surtout le football, a dénaturé complètement la valeur de ce sport collectif : aujourd’hui chaque joueur pense avant tout à sa « valeur ajoutée personnelle », une sorte de cote boursière sur le marché des transferts mondial. Où est l’amour du maillot, le désir de se surpasser pour son club et ses couleurs ? Disparu. Alors l’effet pervers apparaît dès l’école : à la moindre difficulté, les enfants ne veulent plus travailler dans les matières dites « traditionnelles », ils préfèrent tout miser sur le football. Seulement il faudrait rappeler qu’il n’y a que quelques champions du monde sur des millions de pratiquants, alors que la société a besoin de dizaines de milliers de cadres, d’ingénieurs, de docteurs. Ces métiers s’en trouvent complètement discrédités. Enfin, dans les entreprises se retrouve également le comportement individualiste des sportifs : aujourd’hui un salarié talentueux va se vendre au plus offrant et peu lui importe le sort de son entreprise : seule sa carrière (autrement dit sa fiche de paie) compte. Il n’hésitera même pas à écraser ses collègues pour sortir du lot : c’est la compétition exacerbée vers la course au profit.

L’absence de débats de qualité sur la vie en société, mettant noir sur blanc les problèmes sur la table et se donnant le temps d’en discuter sans chercher le « coup » médiatique, la phrase qui dérape ou le slogan agressif, ne contribue pas à former des esprits citoyens dans la société. Où sont passées des émissions type « Droit de réponse » où les interlocuteurs nous emmenaient au bout de la nuit sans coupure pub ? Les débats télévisés sont remplacés par d’infâmes « talk-shows » où les invités, toujours les mêmes, vont de chaînes en chaîne, non pour émettre une idée mais pour « promouvoir » qui un concert, qui un livre, qui un disque, etc … Les propos sont formatés, aucune idée originale n’émerge du filtre : cela risquerait de braquer une partie des téléspectateurs contre son auteur … et adieu les ventes du produit ! L’objectif n’est pas d’amener le téléspectateur à une réflexion, mais de lui rappeler son statut de consommateur ! Et les coupures de publicité qui jalonnent allègrement les émissions sont là pour enfoncer le clou ! La déclaration de Patrick Le Lay, patron de TF1, dans les Dirigeants face au changement, Les Editions du Huitième Jour (Mai 2004) est à se sujet édifiante : "Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective "business", soyons réalistes: à la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible: c'est-à-dire de le divertir, de le détendre, pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible". Comment s’étonner alors de la montée du taux d’abstention à chaque élection ? Et des manifestations monstres dans les rues au moindre changement politique ou à la moindre réforme ?

A qui profite le crime et pourquoi cet état de fait ne change pas radicalement ?
Il est clair que les multinationales pseudo-culturelles se mettent de l’argent plein les poches : en quelques années, elles ont phagocyté l’ensemble des médias d’information : presse, radio et télévision. Les majors dans ce domaine se comptent sur les doigts d’une main en Europe et des deux mains dans le monde ! Incroyable dans une société dite « libre » ! Pour s’arranger la collaboration de leurs salariés, ceux-ci sont grassement payés (du moins ceux qui passent à l’antenne). Malheur à celui qui osera cracher dans la soupe ! Il sera banni à vie !
Et de façon perverse (car c’est eux qui ont délégué les canaux hertziens au privé !) et lâche (ils n’osent plus intervenir !), les hommes politiques sont également largement complices de ce système. Ils ont en effet tout intérêt à caresser dans le sens du poil les gens de la télévision pour assurer leur campagne électorale. En comptant sur un calcul à court terme, ils croient qu’ils sont non seulement les plus intelligents du monde, mais aussi qu’ils sont les seuls à savoir réfléchir. Ainsi, en maintenant sous un couvercle d’ignorance et de bêtise une population léthargique qui se raccroche à des lendemains meilleurs en grattant un tac-o-tac, en ouvrant des boites à chaussures contenant 500.000 euros ( !!!) ou en répondant à des séries de questions que l’on pourrait poser en classe de maternelle (et comble de l’ironie, dont certaines concernent la télé-trash : la boucle est ainsi refermée), ils pensent acheter la paix sociale.

Quels sont les signes d’évolution ?
Depuis quelques années, de nouveaux formats de télévision apparaissent : les chaînes à péage. Dans ce cas, le citoyen paie pour avoir des programmes de meilleure qualité et qui correspondent à ses goûts. Mais ce système a deux grands défauts : d’une part il ne profite qu’aux plus aisés et ce ne sont pas nécessairement eux qui sont les premières victimes de la sous-culture et d’autre part il creuse l’écart entre les gens dans la société en favorisant la division, soit par centre d’intérêt, soit par source de revenus. Nous sommes encore loin dans ce cas du rôle de lien social que doit jouer la télévision.
Récemment, Internet est également apparu comme source d’information dans les foyers. Mais, tout comme les chaînes à péage, il reste réservé à des catégories de citoyens « favorisés » : le coût de l’équipement est élevé et la mise en œuvre et l’installation nécessitent un minimum de culture technique que ne possède pas l’ensemble de la population. C’est donc encore un média élitiste. De plus, à long terme, on peut craindre une accélération de la main mise des multinationales sur le produit (déjà de nombreux journaux ont un accès restreint et payant) ainsi qu’un contrôle rigoureux de l’information (les pages aux contenus dits « gênants » seront purgées de la toile : exemple des sites de jeunes lors des émeutes de banlieue).

Pourquoi faut-il changer les choses ?
Cette situation de sous-culture doit changer car les dangers qui guettent la société sont grands : violence, nihilisme, voire anarchie et chaos. La survie du peuple est ainsi mise en question.

Est-il possible de revenir à une télévision « culturelle » et populaire ?
Oui, c'est tout à fait possible à mon sens. Encore faut-il ne pas partir sur le modèle d'Arte, chaîne dite culturelle mais qui ne s'adresse qu'à des "élites" et notamment aux nostalgiques de la seconde guerre mondiale ou à ses victimes. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui regardait Arte avec enthousiasme, que ce soit en France ou en Allemagne. Et comble du cynisme, le directeur de la chaîne lui-même revendique cet élitisme : il est satisfait de ne s'adresser qu'à 2 ou 3% de téléspectateurs (et encore en France, car en Allemagne la chaîne atteint péniblement 1% ! Et il n'est pas garanti que ce ne soient pas des expatriés français !). Ce directeur est coopté par le pouvoir en place, le peuple ne le choisit pas.
S'il s'agissait d'une chaîne privée à péage, peu importe, mais ce qui est aggravant ici, c'est qu'il s'agit de l'argent de nos impôts ! Or la culture populaire existe ! C'est même le peuple qui est la raison d'être de la culture, il ne faut pas l'oublier ! En considérant par exemple le théâtre comme la préhistoire de la télévision, des auteurs comme Shakespeare ou Molière ont joué certes devant les cours royales, mais aussi pour le peuple. Et celui-ci comprenait parfaitement le sens des pièces de théâtre qui étaient truffées d'ironie. Ainsi les scènes comiques ou tragiques n'oubliaient aucune catégorie sociale.
On objectera que le peuple demande à entendre des injures et à voir du sang et du sexe. Mais y a-t-il une scène obscène ou violente dans les pièces de Molière ou Shakespeare ? Aucune bien sûr. Les crimes sont suggérés, les amours poétisés. Et tout ceci dans un langage simple et accessible, sans grossièreté. Non, ce n'est pas en rajoutant des injures à tour de bras dans les scripts ou des actrices aux seins nus que l'on rend un film "populaire". Agir ainsi c'est insulter le peuple, le rabaisser plus bas que terre.
Il est possible de créer des programmes qui intéressent les citoyens, mais pour cela il faut accepter les débats de sociétés sans parti pris, informer avec objectivité et divertir sans humilier. Donc oui à une télévision culturelle et populaire, faite par des gens issus du peuple et jugés par lui.

Quelle action citoyenne faut-il conduire ?
Demander aux pouvoirs publics de jouer pleinement leur autorité de régulation en prenant des mesures énergiques.

Première mesure simple: exiger du secteur public qu’il continue à jouer son rôle d’information et de diffusion de culture dans la société afin de créer du lien social. Cela passe par une coordination des chaînes publiques entre elles, l’abandon des chaînes élitistes type « Arte » qui ne s’adresse pas au peuple, respecter les horaires de diffusion des émissions de première partie de soirée pour ne pas inciter les gens à se coucher tard (22h maximum), proposer des émissions ayant réellement un rôle de service public et ne pas tenir compte de l’audimat (ne pas plagier les chaînes privées et leurs émissions de télé-réalité !).

Deuxième mesure : contrôler les images diffusées sur les canaux hertziens : pas de violence, ni physique ni verbale, pas de sexe à outrance et ce quelle que soit la chaîne, qu’elle soit privée ou publique. Interdire également les émissions de jeux ridicules qui donnent l’impression aux citoyens que l’on peut devenir riche en ouvrant une boite à chaussures : les gains aux jeux doivent être limités et le type de jeu doit si possible encourager l’effort intellectuel ou physique du participant. Le gain vient alors récompenser un effort fourni pendant l’émission et non pas simplement un acte de présence. Ici on s’aperçoit que le CSA n’est qu’une vaste fumisterie.

Troisième mesure : obliger à une journée par semaine sans télévision pour encourager les citoyens à avoir d’autres occupations : lire, écouter la radio, sortir en ville, surfer sur Internet ou encore louer une vidéo !

La télévision doit donc rester un service public et les chaînes privées doivent exercer leur métier sous le contrôle de l’état. Il en va de même d’ailleurs pour les autres services publics privatisés : l’eau, les transports et bientôt le gaz et l’électricité. Certes dans un premier temps la privatisation amène une optimisation dans l’organisation du travail et donc des gains financiers, y compris pour le contribuable, mais il est hors de question de laisser quartier libre aux entreprises privées qui n’ont qu’un seul objectif : l’appât du gain. Ainsi, après une première phase de rationalisation des tâches, l’optimum est rapidement atteint et il devient impossible pour une société privée de dégager tous les ans 10 ou 15% de marge nette sur les activités de service public qui par essence, n’ont pas vocation à croître de manière exponentielle, mais sont simplement là pour apporter un service aux citoyens. On assiste alors dans tous les cas à la dénaturation du service initial : fermeture des bureaux de poste dans les campagnes, abandon de lignes SNCF jugées « non-rentables » (sic !), restriction des budgets sécurité, formation ou entretien du matériel pour les secteurs de l’eau ou de l’énergie, et enfin en ce qui concerne la télévision, création de programmes stupides, agressifs, racoleurs afin de ramener l’homme à l’état primitif de bête, évolution garantissant une augmentation des profits publicitaires, mais amenant la société à un suicide collectif.

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