Monday, April 10, 2006

Non à la privatisation des services publics ! Oui aux entreprises citoyennes !

Sous l’impulsion de l’Union Européenne, mais sous le regard amusé des Etats-Unis, référence s’il en est du libéralisme économique, de grandes manœuvres sont en cours en ce moment dans différents pays afin de privatiser de grands secteurs publics comme les transports ou l’énergie. Le scepticisme américain à cet égard devrait nous amener à être circonspect et à réfléchir.

Les principaux arguments avancés par les promoteurs de ces projets pharaoniques sont d’une part la « création de richesse » et d’autre part l’amélioration du « service au consommateur ».

Sur le premier point, la création de richesse, il est certain que le passage d’un service public au privé dope l’économie d’un pays. La privatisation d’une entreprise publique ou le transfert des moyens de gestion à une entreprise privée existante génère effectivement de fortes rentrées d’argent pour un Etat.

Sur le second point, le service au consommateur, le citoyen s’y retrouve également car il n’est plus traité comme quelqu’un qui doit « faire la queue au guichet en attendant son tour comme tout le monde », mais comme un client. Et si l’entreprise est mise en concurrence, le client a la liberté de changer de fournisseur s’il n’est pas satisfait du service rendu.

L’Etat s’est enrichi, l’entreprise génère des bénéfices et en reverse une partie à l’Etat et le citoyen est traité avec le respect du à un client. Tout va donc bien dans le meilleur des mondes !

Cependant, à la lumière de l’évolution de l’économie actuelle et de la « mondialisation », ces arguments théoriquement indiscutables deviennent malheureusement largement discutables à long terme. Et nous pouvons d’ores et déjà observer des signes avant-coureurs autour de nous.

En effet, prenons comme exemples l’eau et le téléphone dans notre pays. En réalité, ces secteurs d’activité sont tellement complexes (c’est d’ailleurs pour cela que l’Etat s’en est chargé initialement lors de la reconstruction du pays après la guerre par exemple) qu’ils nécessitent des investissements importants et une « force de frappe » (en termes de ressources financières, matérielles et humaines) tellement grande que peu d’entreprises en France, en Europe voire dans le monde sont aujourd’hui capables de les gérer. Ainsi, il existe principalement 3 fournisseurs d’eau en France ainsi que 3 compagnies de téléphone (les bénéfices colossaux des premières ayant d’ailleurs permis la création de ces dernières) . Or, il faut un minimum de 4 à 5 entreprises pour que des appels d’offres ne soient pas « arrangés d’avance ». A 3, les commerciaux et les dirigeants des entreprises se connaissent tous et se tapent dans la main en se répartissant les marchés. Les prix annoncés sont donc complètement truqués et le consommateur est le dindon de la farce : il continue à payer un prix beaucoup trop cher pour le service rendu. Le scandale des facturations téléphoniques qui a été mis à jour dernièrement par la direction de la concurrence n’est que la partie immergée de l’iceberg. Dans l’eau les surfacturations sont toujours d’actualité et il ne faudrait pas chercher longtemps pour trouver des prix complètement prohibitifs. L’UFC-Que Choisir, en s’appuyant sur un comparatif technique des réseaux de différentes communes de France, affirme que le prix de l’eau en Ile-de-France est surévalué de 50%, rien que çà !

Donc, sur le long terme, la privatisation des services publics n’amène rien au consommateur final : il paie toujours trop cher au privé au lieu de le payer à l’Etat.

De plus, les capitaux des entreprises privées de cette taille sont soumis aux mouvements boursiers. Et si dans un premier temps, l’Etat peut choisir les actionnaires à qui il confie la gestion des entreprises « sensibles », après quelques années d’exercice, il n’exerce plus aucun contrôle. Surtout dans le monde actuel où l’argent n’a plus de frontières. Ainsi, dernièrement on a vu le gouvernement français jouer aux funambules pour sauver Suez et donc une partie du réseau d’eau français des mains des capitalistes italiens, ou encore le président de la République intervenir personnellement pour envoyer un coup de semonce à l’ex-pdg de Vivendi JM Messier pour qu’il évite de vendre aux capitalistes allemands le réseau d’eau de la Générale des Eaux alors qu’il tentait de sauver son entreprise de la faillite suite à la chute de son cours de bourse. Car le monde de la finance est impitoyable. Aujourd’hui les actionnaires imposent un rendement de leurs capitaux de 10% par an minimum. Mais dans une entreprise dont la vocation est le service public, c’est une équation insoluble. En effet, l’eau, l’énergie et le transport ne sont pas des biens de consommations comme de l’électroménager ou de l’informatique. Après avoir rationalisé la production dans les premières années, ce qui signifie en règle générale une économie sur les achats et le personnel, quelles sont les autres sources de profit ? Comme il est impossible d’inventer un nouveau produit révolutionnaire (l’eau sera toujours de l’eau !) , il s’agit donc bien souvent de faire une croix sur la recherche-développement, de presser comme un citron le budget sécurité au point de mettre en danger les salariés et indirectement les « clients », ou encore d’augmenter les prix de vente (car le client captif d’une fausse concurrence reste une vache à lait). Finalement, après la « création de richesse » initiale, l’entreprise tend rapidement vers la croissance nulle. Elle n’a plus d’autre choix que de vouloir devenir plus grosse que le bœuf par croissance externe (après l’eau, allons-y pour l’énergie, y compris l’énergie nucléaire, soyons fous ! ou bien encore allons nous implanter dans les pays en voie de développement qui n’y voient que du feu !) et/ou de mettre en danger les citoyens en flirtant régulièrement avec la ligne jaune/rouge de la sécurité des installations.

Donc il faut admettre de payer « un peu trop cher » un service public tel que l’eau ou l’énergie à l’Etat car dans les deux cas, leur approvisionnement est vital pour la survie d’une famille. En hiver par –20°C, un bébé ne survit pas très longtemps dans une maison non chauffée ; de même en été, dans un appartement sans eau par +30°C, sa vie est également compromise. Autrement dit, la sécurité a un prix. Et une sécurité sur tous les plans : qualité du matériel, qualité du service et aussi paix sociale, car une grève pour des revendications salariales ou autres dans ces secteurs est catastrophique. De plus, si EDF, entreprise publique française, se retrouve à la fin de l’année en excédent, tout citoyen est en droit de penser que ce n’est pas scandaleux. Sous la responsabilité de l’Etat, l’excédent ne sortira pas du pays pour aller financer la résidence secondaire du PDG aux Bahamas, ou ne sera pas investi de façon hasardeuse pour aller acheter des entreprises vaseuses à l’étranger. Quoique, en France, malheureusement, le scandale du Crédit Lyonnais est là pour prouver le contraire. Mais que ceci serve d’exemple ! De telles entreprises stratégiques, pourraient être soumises au contrôle du peuple, en publiant ouvertement ses comptes chaque année et en les soumettant au Parlement qui approuvera ou non le bilan comptable. En cas de bénéfices, l’argent sera réinvesti dans le même secteur d’activité, ou ailleurs, peu importe. Assimilable à de l’impôt indirect, cet argent pourrait être affecté aux priorités de la nation.

Un autre cas de délégation de service public complètement raté est également dans tous les foyers français : c’est la télévision. Et ce cas est caricatural à l’extrême à mon sens. A l’origine, la télévision n'était qu’un objet matériel utilisé et géré par l’Etat pour informer, éduquer et accessoirement divertir la population. C’est effectivement un formidable outil à créer du lien social, que le président ou le gouvernement utilise encore aujourd’hui à discrétion pour délivrer un message fort à la population. Néanmoins, après quelques années de privatisation anarchique (présentée à l’origine comme bénéfique à tout le monde !), on observe une chute vertigineuse de la qualité des programmes offerts aux citoyens. Les objectifs initiaux sont partis aux oubliettes : l’information s’est transformée en spectacle, les programmes éducatifs ont disparu même s’il reste quelques vestiges au milieu de la nuit et seul reste le divertissement, et encore, il faut avoir le rire facile. Paradoxalement, pour avoir un programme télévisé de (meilleure) qualité, il faut désormais payer et payer cher. La privatisation qui devait apporter monts et merveilles n’a fait que créer ou renforcer des fractures dans la population en fonction de leurs revenus. Car ce qui motive les patrons de chaîne, c’est la fameuse création de valeur de 10% par an pour satisfaire les actionnaires. Et pour cela ils sont prêts à toutes les folies : la télé-réalité, les télénovelas bas de gamme … Et ce n’est que le début. Il est certain que poussé par l’appât du gain, les prochaines émissions deviendront de plus en plus choquantes et dégradantes. Certes, c’est moins grave que de faire exploser un réseau de gaz ou une centrale nucléaire, encore que, des études montrent que chaque année 700.000 agressions, 70.000 viols et 100.000 homicides seraient évités sans la télévision aux Etats-Unis ! Et le dinosaure de la télévision publique française ne résiste pas : elle sombre un peu plus chaque année dans le « gore » et le « trash », même si elle augmente en parallèle la taxe des citoyens tous les ans ! Car la spirale est infernale et une fois le loup dans la bergerie, il est difficile de l’en sortir !

Ainsi, il est important de stopper dès maintenant les apprentis sorciers bruxellois qui nous préparent les grandes catastrophes sanitaires et industrielles de demain. Chacun doit garder à l’esprit l’intérêt premier de l’espèce humaine comme toute espèce animale sur terre : sa survie. Pour gérer les services publics, il faut créer un autre modèle d’entreprise que celui du « tout état » ou du « tout argent » : appelons-le « l’entreprise citoyenne ». Prenons ce qu’il y a de bon dans le privé : la rationalisation des moyens de production en encourageant l’implication des salariés et en les récompensant financièrement en cas de réussite et en les sanctionnant en cas d’absence de résultats. Et ce qu'il y a de bon dans le public: la gestion à long terme, la garantie de la sécurité, l'accès du service à tous. Les moyens existent, la méthode, le système, les règles du « jeu » restent à inventer. De même que rien n’est entièrement noir ou entièrement blanc, il y a un juste milieu entre un communisme obscurantiste et esclavagiste et un ultra-libéralisme mondialisé et incontrôlé. C’est aux citoyens de résister, de se lever et de créer un autre monde.

0 Comments:

Post a Comment

<< Home